Martinez Zogo : le téléphone qui accuse Amougou Belinga reste introuvable

Un iPhone 12 contenant la vidéo de la torture de Martinez Zogo n'a jamais été remis aux enquêteurs. Me Zeifman a confronté le SCRJ sur ce sabotage présumé de l'...

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by Onana Nestor5 min read
Martinez Zogo : le téléphone qui accuse Amougou Belinga reste introuvable

Un iPhone 12 contenant la vidéo de la torture de Martinez Zogo n'a jamais été remis aux enquêteurs. Me Zeifman a confronté le SCRJ sur ce sabotage présumé de l'enquête.

L'iPhone 12 sur lequel le Colonel Danwe aurait envoyé la vidéo de la torture de Martinez Zogo à Amougou Belinga reste introuvable. Me Esther Zeifman a exigé des comptes devant le tribunal militaire de Yaoundé.

Yaoundé, Tribunal militaire, mardi 15 septembre 2026. Me Esther Zeifman se lève. L'avocate de la famille de Martinez Zogo a une question précise pour le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné, chef du Service Central des Recherches Judiciaires.

« Vous parlez de cracking. Le Colonel Otoulou a déclaré que Mélissa Amougou avait dissimulé un téléphone. Quelles dispositions la commission mixte a-t-elle prises pour que l'enquête ne soit pas souillée ? »

La réponse du Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné va révéler une histoire de preuve disparue que personne, à ce jour, n'a expliquée.

L'iPhone 12 qui n'est jamais arrivé

Le téléphone en question est un iPhone 12. Il appartenait à Jean-Pierre Amougou Belinga. C'est sur cet appareil que le Colonel Justin Danwe aurait envoyé la vidéo de la torture de Martinez Zogo à l'homme d'affaires, selon les déclarations du Colonel Danwe lui-même rapportées à l'audience.

Le problème : cet iPhone 12 n'a jamais été remis aux enquêteurs.

Ce que l'on sait, c'est que ses traces ont été retrouvées chez un réparateur du quartier Biyem-Assi, à Yaoundé. La belle-sœur du réparateur, employée au domicile d'Amougou Belinga, y avait apporté l'appareil. Interrogée, elle a déclaré avoir reçu le téléphone de sa patronne.

La patronne, c'est Mélissa Amougou Belinga. L'épouse de l'homme d'affaires.

« La commission avait interpellé deux personnes »

Face à Me Zeifman, le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné a détaillé les démarches de la commission mixte.

« La commission avait interpellé deux personnes. Le ménage du couple Amougou et un monsieur vivant au quartier Mendong à Yaoundé, comme étant un proche de cette dame », a-t-il déclaré.

La femme de ménage a indexé Mélissa Amougou comme étant la personne qui lui avait remis le téléphone. La commission a alors sollicité la présence de Mélissa via Me Charles Tchoungang, l'avocat d'Amougou Belinga.

« Me Tchoungang avait promis de ramener Mélissa ainsi que ledit téléphone recherché. Mais jusqu'à ce jour, rien », a reconnu le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné.

Une promesse non tenue. Un téléphone jamais remis. Une preuve potentiellement capitale, toujours évaporée.

Pourquoi ce téléphone est crucial

Le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné a expliqué pourquoi cet appareil était activement recherché.

« Le Lieutenant-Colonel Danwe, dans l'une de ses auditions, avait communiqué un numéro de téléphone appartenant et utilisé par Amougou Belinga. Le numéro et le téléphone en question n'avaient ni été révélés ni remis à la commission par le concerné Amougou Belinga qui les cachait. »

Il poursuit : « Les différents crackings ont relevé le rayonnement et des dérives liées à son utilisation. Aussi le Colonel Danwe avait affirmé avoir transmis des vidéos de la victime à Amougou Belinga via ce téléphone portable. »

La conclusion est implacable : « En suivant donc cette déclaration, il était souhaitable que ce téléphone portable soit mis à notre disposition. »

Il ne l'a jamais été.

La question du sabotage

Me Esther Zeifman n'a pas lâché le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné.

« Pouvez-vous dire que ce téléphone dissimulé sciemment pouvait participer à la manifestation de la vérité ? »

La question est directe. La réponse du chef du SCRJ confirme l'importance de l'appareil. Mais elle ne dit rien sur les raisons de sa disparition.

Le Colonel Otoulou, lors d'une audience précédente le 3 août 2026, avait déjà soulevé ce point. Selon lui, le commissaire du gouvernement n'avait pas jugé nécessaire de retrouver le téléphone. Me Calvin Job, avocat des ayants droit, avait alors dénoncé un « sabotage interne ».

« Ce qui est encore plus grave dans cette affaire, c'est qu'on a un enquêteur qui fait tout pour obtenir un téléphone et que, finalement, le directeur de l'enquête, qui est le commissaire du gouvernement, nous fait comprendre que ce n'est pas nécessaire de trouver ce téléphone alors que c'est un élément fondamental. Cela nous interpelle », avait-il déclaré à RFI.

Les huit autres téléphones disparus

L'histoire ne s'arrête pas à l'iPhone 12.

Selon les révélations faites à l'audience, Amougou Belinga possédait onze téléphones au total. Neuf d'entre eux ont été dissimulés avant son arrestation, selon les déclarations de l'expert en cybercriminalité Georges Bell Bitjoka.

« L'expert a révélé qu'il n'avait pu travailler que sur 18 % des téléphones du suspect soit à peine 2 appareils sur les 11 que possédait le PDG de Vision 4 », rapporte Camerounweb.

Huit autres appareils restent également introuvables à ce jour. Huit appareils qui, comme l'iPhone 12, auraient pu contenir des éléments déterminants pour l'enquête.

Ce que dit la loi

L'article 185 du Code de procédure pénale camerounais dispose que « la juridiction saisie peut, si elle l'estime nécessaire, ordonner la production de toute pièce à conviction ». Le refus de produire une pièce à conviction, lorsqu'elle est en possession d'une partie, peut être interprété comme un obstacle à la manifestation de la vérité.

Nous avons tenté de joindre Me Charles Tchoungang pour obtenir sa version des faits. Sans succès au moment d'écrire ces lignes.

Le procès se poursuit. Les audiences des 14 et 15 septembre 2026 ont été marquées par les contre-interrogatoires serrés menés par Bruno Bidjang, accusé de complicité de torture, et par les révélations du Colonel Otoulou.

Le téléphone, lui, reste introuvable. Une preuve qui aurait pu confirmer ou infirmer les accusations portées contre Amougou Belinga. Une preuve qui, selon plusieurs parties au procès, a été délibérément soustraite à la justice.

Une question demeure, que ni le SCRJ ni le commissaire du gouvernement n'ont vraiment adressée : comment un iPhone 12 aussi compromettant a-t-il pu disparaître avec la bénédiction apparente de ceux qui devaient le retrouver ?


Pourquoi le téléphone d'Amougou Belinga est-il si important ?
Selon les déclarations du Colonel Justin Danwe, c'est via cet iPhone 12 qu'il aurait envoyé la vidéo de la torture de Martinez Zogo à Amougou Belinga. L'appareil contiendrait donc des preuves directes des échanges entre l'accusé et le tortionnaire présumé.

Qui a dissimulé le téléphone ?
Selon les témoignages, Mélissa Amougou Belinga, l'épouse de l'homme d'affaires, aurait remis l'appareil à la femme de ménage du couple. Celle-ci l'aurait ensuite confié à un réparateur du quartier Biyem-Assi. L'appareil n'a jamais été remis aux enquêteurs.

Qui est le Lieutenant-Colonel Bialo Dieudonné ?
Il est le chef du Service Central des Recherches Judiciaires (SCRJ) au Secrétariat d'État à la Défense. Il a coordonné les investigations dans l'affaire Martinez Zogo et a été entendu comme témoin à l'audience du 15 septembre 2026.

Me Tchoungang a-t-il été sanctionné ?
Aucune sanction n'a été annoncée à ce jour. Me Charles Tchoungang, avocat d'Amougou Belinga, avait promis de ramener Mélissa Amougou et le téléphone à la commission. Jusqu'à présent, ni l'un ni l'autre n'a été produit.

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