Féminicides : après 50 cas recensés par l’État en quatre mois, HRW presse le gouvernement d’agir
Human Rights Watch (HRW) appelle le gouvernement camerounais à prendre des mesures immédiates contre les violences basées sur le genre, après plusieurs meurtres de femmes signalés entre le 6 et le 26 août 2026. Certains ont été attribués à des partenaires actuels ou anciens et…
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Human Rights Watch (HRW) appelle le gouvernement camerounais à prendre des mesures immédiates contre les violences basées sur le genre, après plusieurs meurtres de femmes signalés entre le 6 et le 26 août 2026. Certains ont été attribués à des partenaires actuels ou anciens et se seraient produits en présence des enfants des victimes.
Dans une publication signée le 28 août 2026, Juliana Nnoko, conseillère principale à la division des droits des femmes de HRW, estime que les plans adoptés par le Cameroun n’ont pas encore débouché sur une protection suffisante des victimes ni sur un accès effectif à la justice.
50 cas enregistrés entre janvier et avril 2026
Les données communiquées par le gouvernement confirment une hausse des cas recensés. Lors d’une séance de questions au gouvernement organisée le 19 juin 2026 à l’Assemblée nationale, la ministre de la Promotion de la femme et de la famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, a déclaré que l’État avait enregistré 50 féminicides entre janvier et avril 2026.
Selon le compte rendu publié le même jour par Cameroon Tribune, 56 cas avaient été recensés en 2023, 67 en 2024 et environ 77 en 2025. Entre 2023 et 2025, la progression atteint donc environ 37,5 %. La ministre a toutefois reconnu que ces statistiques ne représentaient qu’une fraction des faits, en raison notamment de la faible dénonciation des violences, des pressions familiales et de la stigmatisation des victimes.
Ces chiffres correspondent aux cas enregistrés par les autorités. Ils ne constituent pas un recensement exhaustif. HRW relève également l’absence d’un système national complet et coordonné de collecte des données, ce qui empêche de mesurer précisément l’ampleur des violences domestiques et des féminicides.
Deux politiques nationales, mais une loi encore en chantier
Le Cameroun dispose d’une Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre pour la période 2022-2026et d’une Politique nationale genre couvrant la période 2022-2030. En juin 2026, Marie-Thérèse Abena Ondoa a aussi annoncé la finalisation d’un projet de loi destiné à créer une infraction autonome de violence basée sur le genre et à renforcer la protection juridique des femmes. Aucun calendrier de transmission au Parlement n’était toutefois précisé dans les sources consultées par HRW.
L’absence d’une infraction spécifique ne signifie pas que les homicides ou les agressions commis dans le cadre familial ne sont pas punissables. Ils peuvent être poursuivis sur le fondement des dispositions générales du Code pénal. Dans son rapport publié le 24 juin 2026, HRW considère cependant que ce cadre, principalement centré sur les atteintes physiques, couvre insuffisamment les violences psychologiques, économiques et les mécanismes de contrôle coercitif.
Devant les députés, la ministre a également fait état de 45 « espaces sûrs » et centres de cohésion pour les femmes, de 28 unités spécialisées installées dans des commissariats et brigades de gendarmerie, ainsi que de plateformes de prise en charge dans les dix régions. Le compte rendu ne précise pas combien de ces structures permettent un hébergement résidentiel des victimes.
HRW affirme pour sa part que le Cameroun ne dispose pas d’un réseau centralisé de centres d’hébergement géré par l’État ni d’une dotation budgétaire spécifiquement consacrée à ces refuges. L’organisation demande donc la création d’un groupe de travail associant notamment les ministères chargés de la Femme, de la Justice, de la Défense, de l’Administration territoriale et des Finances, ainsi que la Sécurité nationale.
Elle recommande aussi d’augmenter les capacités d’hébergement dans les dix régions, de recruter du personnel formé, de faciliter l’accès aux mesures de protection et de garantir des enquêtes et des poursuites effectives contre les auteurs présumés. Sa publication ne chiffre toutefois ni le nombre de places supplémentaires nécessaires ni le coût de ces mesures.
Thierry Christophe Yamb
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