Cameroun : deux prix à Venise, deux autrices au Renaudot

La Maison du Vent remporte le Lion du Futur à Venise. Hemley Boum et Osvalde Lewat entrent au Renaudot. Le Cameroun brille sur tous les fronts. En septembre 20...

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by Toto Jacques4 min read
Cameroun : deux prix à Venise, deux autrices au Renaudot

La Maison du Vent remporte le Lion du Futur à Venise. Hemley Boum et Osvalde Lewat entrent au Renaudot. Le Cameroun brille sur tous les fronts.

En septembre 2026, le Cameroun a signé deux victoires simultanées dans les deux disciplines les plus exigeantes de la culture mondiale : le cinéma et la littérature.

Venise, 12 septembre 2026. Un cinéaste camerounais soulève le Lion du Futur. Paris, 3 septembre 2026. Deux autrices camerounaises entrent dans la première sélection du Prix Renaudot. Deux semaines. Deux villes. Deux disciplines. Un même pays. Le Cameroun n'avait pas connu une telle séquence depuis des décennies. Et pour comprendre ce qui s'est passé, il faut regarder ailleurs que dans les palmarès.

La Maison du Vent : une histoire de famille devenue miroir d'un pays

Auguste Bernard Kouemo Yanghu n'était pas le favori. Son film, La Maison du Vent, était son premier long-métrage. Il a 102 minutes, tourné en français et en bafang, et raconte l'histoire de Josette, 80 ans, qui vit seule à Yaoundé après le départ de ses enfants vers l'Occident.

Elle leur demande de construire des maisons au Cameroun. Un stratagème pour les faire revenir. Mais une jeune voisine, Sarah, bouleverse tout ce qu'elle avait construit.

Le film a été présenté dans la section Orizzonti, l'une des plus exigeantes de la Mostra. Il a remporté deux prix : le Prix spécial du jury et le Lion du Futur – Prix Luigi De Laurentiis, décerné au meilleur premier film toutes sections confondues.

Le Lion du Futur est accompagné d'une bourse de 100 000 dollars, offerte par Filmauro et répartie entre le réalisateur et le producteur. C'est le seul prix en argent de la Mostra.

Visiblement ému, Kouemo Yanghu a dédié sa récompense à sa mère, décédée d'un cancer, qui a inspiré le personnage principal.

Pourquoi ce prix compte plus qu'un autre

Le cinéma camerounais n'avait plus été sélectionné à la Mostra de Venise depuis 1975. Cette année-là, Muna Moto de Jean-Pierre Dikonguè-Pipa avait marqué les esprits. Cinquante et un ans plus tard, La Maison du Vent renoue avec cette histoire.

La production du film elle-même raconte une Afrique du cinéma connectée. Le projet réunit des partenaires du Cameroun, de France, de Belgique, du Bénin, d'Arabie saoudite et du Qatar. Ce n'est pas un film isolé. C'est un film qui circule.

Hemley Boum et Osvalde Lewat : deux plumes, deux histoires

Le 3 septembre 2026, le jury du Prix Renaudot a dévoilé sa première sélection. Dix-sept romans. Parmi eux, deux Camerounaises.

Hemley Boum est née à Douala en 1973. Son roman, Nos vies sauvages, publié chez Gallimard, raconte l'histoire de Ndolo Elimbi, une avocate emprisonnée après s'être opposée au pouvoir. Le récit entrelace amour, exil, répression politique et corruption.

Osvalde Lewat est née à Garoua en 1976. Un corps indocile, son deuxième roman, publié chez Philippe Rey, suit Deffo, un jeune immigré parisien, couturier iconoclaste, confronté à un mal mystérieux qui le contraint à retourner dans son pays d'origine. Son premier roman, Les Aquatiques, avait reçu le Prix Kourouma en 2022.

Pourquoi cette double sélection est historique

Le Prix Renaudot célèbre cette année son centenaire. Créé en 1926 par dix critiques littéraires, il est né de l'attente fiévreuse autour du Goncourt. En cent ans, jamais deux autrices camerounaises n'avaient figuré ensemble dans la première sélection.

Ce n'est pas un hasard. C'est le signe d'une génération qui écrit depuis la diaspora, mais dont les récits restent ancrés au Cameroun. Boum vit en France. Lewat est franco-camerounaise. Leurs livres parlent de Yaoundé, de Douala, de Garoua. De l'exil et du retour.

Ce que ces succès disent du Cameroun

Le pays traverse une période politique incertaine. Paul Biya, 93 ans, est revenu au Cameroun le 20 août 2026 après plus de deux mois passés à Genève, officiellement pour un séjour privé. Le poste de vice-président, recréé en avril 2026, reste vacant. L'opposant Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à la présidentielle d'octobre 2025, se présente comme « président élu » depuis son exil en Gambie.

Dans ce contexte, les succès de Venise et du Renaudot prennent une autre dimension. Ils rappellent que le Cameroun ne se résume pas à sa classe politique. Il est aussi un pays qui produit des cinéastes et des écrivains capables de s'imposer au plus haut niveau international.


C'est quoi le Lion du Futur ?
C'est le prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise. Il porte le nom de Luigi De Laurentiis et est accompagné de 100 000 dollars. La Maison du Vent l'a remporté en 2026.

Hemley Boum et Osvalde Lewat, elles sont camerounaises ?
Oui, toutes les deux. Boum est née à Douala, Lewat à Garoua. Elles vivent en France mais leurs romans parlent du Cameroun.

Le Cameroun avait déjà gagné à Venise ?
Pas depuis 1975. Cette année-là, Muna Moto de Jean-Pierre Dikonguè-Pipa avait été sélectionné. Cinquante et un ans plus tard, La Maison du Vent ramène le Cameroun sur le Lido.

Ça veut dire quoi, cette double sélection au Renaudot ?
Que deux autrices camerounaises figurent ensemble dans la première sélection du prix, pour la première fois en cent ans d'existence.

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