Eboa Lotin : 2 000 FCFA de droits d'auteur, la colère
Un fils d'Eboa Lotin a reçu 2 000 FCFA de droits d'auteur. La SONACAM promettait entre 30 000 et 300 000 FCFA. L'écart est vertigineux. Douala, 22 septembre 20...

Un fils d'Eboa Lotin a reçu 2 000 FCFA de droits d'auteur. La SONACAM promettait entre 30 000 et 300 000 FCFA. L'écart est vertigineux.
Douala, 22 septembre 2026. Henri Lotin ouvre un mandat. La somme est de 2 000 FCFA. Environ trois euros. Pour les droits d'auteur de son père, Eboa Lotin, mort en 1997 après près de 70 chansons et 400 cantiques. Sur X, il publie la photo du billet. « Vous voulez que ce pays soit pris au sérieux comment ? » La question est rhétorique. La réponse, elle, est dans les chiffres.
Ce qui s'est passé
Henri Lotin est l'un des cinq enfants d'Emmanuel Eboa Lotin. Son père est mort le 6 octobre 1997 à Douala, à 55 ans. Il a laissé une veuve, Jacqueline, et cinq enfants : Lynda, Henri, Jackie, Cathy et Samuel.
Mardi 22 septembre 2026, Henri Lotin publie sur X la photo d'un billet de 2 000 FCFA. Le commentaire tombe : « Vous voulez que ce pays soit pris au sérieux comment ? »
La somme correspond, selon lui, aux droits d'auteur versés par la SONACAM pour le mois de juillet 2026. Deux mille francs. Pour un catalogue de près de 70 chansons qui continuent de passer à la radio, dans les bars, sur les plateformes.
La promesse de la SONACAM
Quelques jours avant la sortie d'Henri Lotin, Francis Ateh Bazore a été reconduit à la présidence du conseil d'administration de la SONACAM. Il a évoqué des répartitions comprises entre 30 000 et 300 000 FCFA pour les ayants droit.
L'écart entre la promesse et la réalité reçue par Henri Lotin est de 15 à 150 fois. Deux mille contre trente mille. Deux mille contre trois cent mille.
Ateh Bazore a annoncé en juillet 2026 la récupération de 100 millions de FCFA de droits collectés à la source, via une redevance de 12 FCFA par casier de bière vendu. Il a promis une distribution « dans les semaines à venir » pour aider les artistes à payer la rentrée scolaire.
Le système en question
La loi camerounaise n°2000/011 du 19 décembre 2000 protège les droits d'auteur pendant 50 ans après la mort de l'auteur. Eboa Lotin est mort en 1997. Ses ayants droit sont protégés jusqu'en 2047.
La SONACAM est l'organisme agréé pour gérer ces droits. Elle compte environ 3 000 sociétaires. Elle a versé environ 350 millions de FCFA par an aux artistes, selon son président. Cela représente une moyenne de 116 000 FCFA par sociétaire et par an. Moins de 10 000 FCFA par mois.
Ce chiffre est une moyenne. La réalité des ayants droit est souvent plus basse.
En octobre 2025, la SONACAM avait versé 27 000 FCFA par artiste, sous forme d'avance forfaitaire. L'enveloppe globale était de 40 millions de FCFA. Des musiciens avaient parlé d'« aumône » et d'« insulte ».
En août 2022, quatre organismes de gestion collective avaient distribué 340 millions de FCFA à 685 artistes, producteurs et éditeurs. Les sommes allaient de 5 millions de FCFA en haut de l'échelle à moins de 5 000 FCFA en bas. Le retard portait sur des œuvres exploitées entre 2005 et 2009.
Ce que dit la loi, ce que disent les faits
La loi est claire. Les droits patrimoniaux durent 50 ans après la mort de l'auteur. Les ayants droit d'Eboa Lotin ont encore 21 ans de protection. Leurs droits ne sont pas contestés.
Le problème n'est pas juridique. Il est pratique.
La SONACAM collecte. Elle redistribue. Mais les montants individuels restent faibles. Les retards sont longs. La transparence est mise en cause par les artistes eux-mêmes.
Georges Dickson, musicien camerounais, a publiquement dénoncé « la face cachée des droits d'auteur » et le « manque de transparence » de la SONACAM.
La réponse de la SONACAM
Le communiqué de la SONACAM d'octobre 2025 signé par la directrice générale Kabelok Ariane parlait d'« avance sur les droits d'auteur » et non de répartition définitive. La direction n'a pas commenté publiquement le montant de 2 000 FCFA perçu par Henri Lotin.
Pourquoi Eboa Lotin n'est pas un cas isolé
Le cas d'Eboa Lotin n'est pas unique. Il est emblématique.
Un monument de la musique camerounaise. Près de 70 chansons. Quarante ans de carrière. Et 2 000 FCFA pour un mois de droits.
Prince Aimé a réclamé publiquement ses droits sur sa chanson « Viviane », affirmant n'avoir jamais touché un franc des royalties, ni sur YouTube, ni sur les ventes digitales.
DJ Lexus s'est insurgé contre les 27 000 FCFA de la SONACAM.
La question n'est plus de savoir si le système est perfectible. Elle est de savoir s'il fonctionne.
Pourquoi Henri Lotin n'a reçu que 2 000 FCFA ?
Il affirme que c'est le montant versé par la SONACAM pour les droits d'auteur de son père pour juillet 2026. La SONACAM n'a pas confirmé ni expliqué ce montant.
La SONACAM, c'est quoi ?
C'est la Société Nationale Camerounaise de l'Art Musical. Elle collecte les droits d'auteur auprès des radios, bars, télévisions, et les redistribue aux artistes et ayants droit. Elle compte environ 3 000 membres.
Eboa Lotin, c'est qui ?
Un artiste camerounais né en 1942 et mort en 1997. Auteur de près de 70 chansons et 400 cantiques. Un monument de la musique camerounaise.
Les ayants droit touchent combien en général ?
Les montants varient. En octobre 2025, la SONACAM avait versé 27 000 FCFA par artiste. En 2022, les montants allaient de moins de 5 000 FCFA à 5 millions. La moyenne annuelle est d'environ 116 000 FCFA par sociétaire.
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