Procès Zogo : Bidjang attaque la méthodologie de l'enquête

À l'audience du 14 septembre 2026, Bruno Bidjang a interrogé le colonel Otoulou sur l'absence de confrontation avec Paul Daizy Biya. Réponse : « Nous avons rete...

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by Onana Nestor5 min read
Procès Zogo : Bidjang attaque la méthodologie de l'enquête

À l'audience du 14 septembre 2026, Bruno Bidjang a interrogé le colonel Otoulou sur l'absence de confrontation avec Paul Daizy Biya. Réponse : « Nous avons retenu les indices. »

L'accusé, poursuivi pour complicité de torture, a contesté la méthodologie de l'enquête en soulignant l'absence de face-à-face direct avec le cyber-activiste.

Bruno Bidjang n'a pas laissé passer. Le lundi 14 septembre 2026, devant le Tribunal militaire de Yaoundé, l'accusé poursuivi pour complicité de torture dans l'affaire Martinez Zogo a directement interpellé le colonel Jean-Pierre Otoulou, 34e témoin de l'accusation.

Sa question : « Pourquoi avoir choisi de ne pas faire de confrontation entre Paul Daizy Biya et moi, alors que vous avez dit que c'est par rapport à mes échanges avec lui que vous avez envoyé 62 gendarmes m'interpeller ? »

La réponse d'Otoulou a fusé : « Nous avons retenu les indices contre vous. »

L'audience du 14 septembre : le face-à-face

La session a repris à 11h20 sous la conduite du nouveau Commissaire du Gouvernement, le Lieutenant-Colonel Dr Atemengué Omgba Éric. Il remplace le Lieutenant-Colonel Cerlin Belinga, muté par décret présidentiel fin août 2026 un changement qui a déjà provoqué des remous dans les milieux judiciaires.

À l'ordre du jour : l'audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, 34e témoin de l'accusation. Son examen avait été renvoyé pour permettre les débats contradictoires. Cette fois, les accusés eux-mêmes pouvaient l'interroger.

Bruno Bidjang a ouvert le bal. Il a été suivi par plusieurs coaccusés : le Lieutenant-Colonel Danwe, Tongué Nana, Godje Oumarou, Saiwang Yves, Heudji Serges et Bakaiwé Simon. Les échanges se sont poursuivis jusqu'à la suspension de l'audience à 16h33, pour une pause de trente minutes.

La question de la confrontation manquante

Le cœur de la contestation de Bidjang tient en une phrase. L'accusation affirme que son interpellation a été motivée par ses échanges avec Paul Daizy Biya, un cyber-activiste connu pour avoir relayé des documents compromettants impliquant Jean-Pierre Amougou Belinga.

« Pourquoi avoir choisi de ne pas faire de confrontation entre Paul Daizy Biya et moi, alors que vous avez dit que c'est par rapport à mes échanges avec lui que vous avez envoyé 62 gendarmes m'interpeller ? » a-t-il demandé.

Dans une procédure pénale, la confrontation directe entre un accusé et un témoin à charge est un droit. Elle permet de tester la solidité des déclarations, de confronter les versions, de mettre à l'épreuve les contradictions. Bidjang souligne que cette étape n'a pas eu lieu. Et il demande pourquoi.

La réponse d'Otoulou

Le colonel Otoulou a répondu en trois mots : « Nous avons retenu les indices contre vous. »

C'est la position constante de l'enquêteur depuis le début du procès. En juillet 2026, il avait déjà affirmé que « les indices ont été suffisants pour [lui] pour prouver que [Amougou Belinga] a commandé cette opération ».

Otoulou s'appuie sur un faisceau d'indices, pas sur une preuve matérielle unique. Les relevés téléphoniques, les données de géolocalisation, les communications examinées, les éléments matériels recueillis. C'est ce qu'il a rappelé à la barre, en recentrant les échanges sur les éléments matériels de l'enquête après la pause de 16h33.

Mais la question de Bidjang n'a pas reçu de réponse directe. Pourquoi ne pas avoir organisé cette confrontation ?

Les 62 gendarmes : un chiffre qui interpelle

Le chiffre a été lâché par Bidjang lui-même : 62 gendarmes mobilisés pour son interpellation.

Ce nombre, s'il est confirmé, pose une question de proportionnalité. Pourquoi déployer un dispositif de cette envergure pour interpeller un directeur de médias ? L'accusation répond par la gravité des faits reprochés : complicité de torture, d'arrestation et de séquestration.

Bidjang, lui, conteste la base même de cette accusation. Il affirme que les éléments qui ont motivé son interpellation ses échanges avec Paul Daizy Biya n'ont jamais été testés par une confrontation directe.

Les autres accusés entrent dans la danse

Après Bidjang, les autres coaccusés ont pris le relais. Le Lieutenant-Colonel Danwe, Tongué Nana, Godje Oumarou, Saiwang Yves, Heudji Serges et Bakaiwé Simon ont tous posé leurs questions au colonel Otoulou.

Leurs interrogations ont porté sur les mêmes thèmes : les relevés téléphoniques, les données de géolocalisation, les conditions de l'enquête. La défense cherche à obtenir des éclaircissements sur la manière dont ces éléments ont été exploités et sur leur lien avec les faits reprochés.

Le procès doit permettre d'examiner le rôle précis attribué à chacun des accusés dans les faits ayant conduit à la mort de Martinez Zogo.

Ce que le tribunal doit trancher

Le Tribunal militaire de Yaoundé doit déterminer si Bruno Bidjang est coupable de complicité de torture, d'arrestation et de séquestration dans l'affaire Martinez Zogo. Il doit aussi établir la responsabilité des autres accusés, dont Amougou Belinga et Eko Eko.

La question de la méthodologie de l'enquête est centrale. Si les indices retenus contre Bidjang n'ont jamais été confrontés à leur source présumée Paul Daizy Biya leur solidité est mise en cause. Si la confrontation n'a pas eu lieu pour des raisons procédurales, la défense demande qu'elles soient expliquées.

À la reprise de l'audience à 17h03, le Commissaire du Gouvernement a poursuivi l'examen du témoin, en recentrant les débats sur les éléments matériels. Les charges évoquées dans le dossier restent soumises à l'appréciation du tribunal militaire.

L'audience reprend ce mardi 15 septembre 2026. Le colonel Otoulou poursuivra son témoignage. D'autres accusés poseront leurs questions.

La question de Bidjang reste sans réponse. Pourquoi 62 gendarmes, mais pas de confrontation ? Le tribunal militaire devra trancher. Pas seulement sur les faits. Aussi sur la manière dont l'enquête a été conduite.


Qu'a demandé Bruno Bidjang au colonel Otoulou ?
Il a demandé pourquoi il n'avait pas été confronté à Paul Daizy Biya, alors que ses échanges avec cet activiste ont motivé son interpellation par 62 gendarmes.

Qu'a répondu le colonel Otoulou ?
« Nous avons retenu les indices contre vous. » Il s'appuie sur un faisceau d'indices : relevés téléphoniques, géolocalisation, communications examinées.

Pourquoi la confrontation est-elle importante ?
Dans une procédure pénale, la confrontation entre un accusé et un témoin à charge permet de tester la solidité des déclarations et de confronter les versions.

Le procès est-il terminé ?
Non. Les audiences se poursuivent. Le colonel Otoulou reprend son témoignage ce mardi 15 septembre 2026.

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