Mercy of God : un cercueil caché sous le béton à Nkoabang

Nkoabang : un corps momifié découvert dans un cercueil sous une dalle, dans le domaine de Kedi Samuel Kenechukwu, prophète de Mercy of God Ministry recherché....

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by Onana Nestor6 min read
Mercy of God : un cercueil caché sous le béton à Nkoabang

Nkoabang : un corps momifié découvert dans un cercueil sous une dalle, dans le domaine de Kedi Samuel Kenechukwu, prophète de Mercy of God Ministry recherché.

Un corps en état de momification avancée a été exhumé le 19 septembre 2026 d'une sépulture clandestine aménagée sous le sol d'un domaine de Nkoabang attribué au fondateur de l'église Mercy of God Ministry, toujours en fuite.

Un cercueil blanc et or, à couvercle vitré. Brisé. À l'intérieur, une dame à première vue vêtue d'un habit traditionnel bleu à broderies dorées. Le corps est momifié. Il repose sur un capiton. Autour, des fers à béton tordus, une dalle brisée à coups de masse.

Nkoabang, 19 septembre 2026, 9 heures du matin. Les éléments du commissariat spécial de Nkoabang viennent de mettre au jour une sépulture clandestine sous le sol de ce qui devait être l'une des plus grandes églises du pays. Le domaine est attribué à Kedi Samuel Kenechukwu, alias Ekedi Samuel, fondateur de Mercy of God Ministry. L'homme est en fuite. Recherché.

Ce que les gendarmes ont trouvé dans ce cercueil relance une affaire qui a déjà livré vingt personnes séquestrées à Ngousso, quinze mineures libérées à Essos, et une trentaine de chambres dans ce même domaine de Nkoabang.

L'affaire Mercy of God Ministry n'a pas fini de livrer ses secrets.

Une affaire qui remonte à 2018

Mercy of God Ministry n'est pas une église ordinaire. Derrière la façade religieuse, les autorités camerounaises décrivent une organisation dirigée d'une main de fer par un prophète nigérian, Kedi Samuel Kenechukwu, opérant au Cameroun depuis 2018.

L'histoire judiciaire de cette organisation est documentée. En 2018, une première fermeture est prononcée à Emombo, après la séquestration des enfants d'une policière. En avril 2020, l'église est à nouveau fermée à Nkoabang, sur décision du sous-préfet de Nkol-Afamba, pour nuisances sonores et « esclavagisme des adhérents ». Le gourou s'enfuit par la porte arrière. Il demande ensuite à ses huissiers de simuler son décès pour se faire oublier des autorités, selon des informations publiées par Camerounweb.

Cinq ans plus tard, l'organisation a essaimé. Ngousso. Essos. Nkoabang. Un réseau de propriétés, de bunkers et de sous-sols.

La découverte du 19 septembre : ce que les gendarmes ont vu

Les fouilles du 19 septembre ont été déclenchées par des « actes de vandalisme des populations », rapporte le Cameroon Tribune. Des riverains, exaspérés, ont commencé à briser la dalle. C'est sous cette dalle, à 1,50 mètre de profondeur, que les enquêteurs ont découvert le cercueil.

Le couvercle était brisé. À l'intérieur, le corps d'une femme, en état de momification avancée, vêtu d'un habit traditionnel bleu à broderies dorées. Le corps reposait sur un capiton.

« Ce n'est pas une tombe normale. C'est une sépulture clandestine aménagée sous le sol de ce qui devait être l'une des plus grandes églises du pays », écrit le quotidien gouvernemental.

L'identité de la défunte n'a pas été rendue publique. Les causes et les circonstances de sa mort restent à établir. Au moment où le Cameroon Tribune mettait sous presse, l'autorisation de fouilles était toujours attendue pour rechercher d'éventuelles autres dépouilles.

Ce que la perquisition du 9 septembre avait déjà révélé

Dix jours plus tôt, le 9 septembre 2026, une première perquisition avait été menée dans ce domaine d'environ un hectare à Nkoabang, dans l'arrondissement de Nkol-Afamba. L'opération s'est déroulée en présence du substitut du procureur Ndoumbè Etéki Arnold S. et du commandant de la Légion de gendarmerie du Centre, le colonel Joseph Désiré Nguélé.

Les enquêteurs avaient découvert cinq véhicules, plusieurs centaines de kilogrammes de vivres, des congélateurs en fonctionnement, une trentaine de chambres, et une fosse d'environ deux mètres de profondeur dont l'usage reste à déterminer.

Cette fosse. Les enquêteurs n'ont pas encore établi à quoi elle servait. Mais sa découverte, couplée à celle du cercueil dix jours plus tard, dessine les contours d'un site conçu pour autre chose qu'un lieu de culte.

Ngousso et Essos : le fil qui a mené à Nkoabang

L'affaire Mercy of God Ministry a éclaté au grand jour le 2 septembre 2026. Ce jour-là, quinze mineures sont extraites d'une concession barricadée à Essos, dans le 5ᵉ arrondissement de Yaoundé.

Quatre jours plus tard, le 6 septembre, les gendarmes investissent une concession isolée à la Montée Mosquée, à Ngousso. Vingt personnes dix femmes, huit hommes, deux enfants de six et sept ans sont retrouvées entassées dans un sous-sol en terre battue. Le lieu servait de salle de prière et de dortoir, sans aération.

Les riverains avaient alerté. « Des personnes en capuches entrent et ressortent. L'accès est impossible », résume un voisin, cité par 237online. La porte avait déjà été défoncée par la population avant l'arrivée des gendarmes. Les habitants surnomment l'endroit « la Maison du diable ».

Au dernier niveau, la maison du pasteur : salon meublé, télévision, ventilateurs. Les gendarmes y ont aussi découvert des cachets d'avocats et d'auxiliaires de justice agréés, ouvrant la piste d'un réseau de fabrication de faux documents.

C'est en remontant cette piste que les enquêteurs sont arrivés à Nkoabang.

« Le gourou de la secte Mercy of God Ministry »

C'est ainsi que le lanceur d'alerte N'zui Manto désigne Kedi Samuel Kenechukwu. Dans un récit publié par Camerounweb, il décrit un système : « séquestration, abus sexuels, menaces, simulation de sa propre mort, violence ». Des « viols répétitifs sur femmes célibataires, femmes mariées, mineurs, enfants ». De la « manipulation, endoctrinement et séparation complète entre les membres de ces églises et leurs familles ». De l'« extorsion de fonds répétitifs ». De l'« esclavagisme par endoctrinement sur majeurs et mineurs ».

Une famille arrivée de Bamenda a reconnu sa nièce parmi les personnes libérées. Elle déclare sept membres portés disparus depuis cinq ans, après avoir rejoint Mercy of God Ministries.

Ces allégations n'ont pas toutes été confirmées par les autorités judiciaires. Mais elles convergent avec les découvertes matérielles : les bunkers, les sous-sols, les chambres, la fosse, le cercueil.

Où est Kedi Samuel Kenechukwu ?

Le fondateur de Mercy of God Ministry reste introuvable. Le commandant de la Légion de gendarmerie du Centre a indiqué que les unités de gendarmerie et les services de police aux frontières ont été alertés. Interpol a également été saisi.

L'homme est décrit comme un Nigérian opérant au Cameroun depuis 2018. Il se fait aussi appeler « Master Prophet E.K. ». Sa mère serait co-bénéficiaire de ses biens immobiliers, construits par les membres de l'église.

Au moment d'écrire ces lignes, aucun communiqué officiel n'a été publié sur les résultats des recherches. Nous n'avons pas pu joindre la gendarmerie pour obtenir une mise à jour.

Ce que cette affaire dit du Cameroun

Mercy of God Ministry a opéré pendant près de huit ans. L'église a été fermée en 2018. Puis en 2020. Elle a rouvert ailleurs. À Ngousso. À Essos. À Nkoabang.

Les riverains ont alerté. Un habitant de Ngousso, conscient des décès suspects survenus dans la congrégation, avait tenté de signaler les faits aux autorités. Il s'est retrouvé arrêté et jeté en cellule sur simple coup de fil du prophète, qui l'accusait de diffamation.

Cette affaire n'est pas qu'un fait divers. C'est la chronique d'un système qui a prospéré dans l'angle mort des institutions.

Le corps momifié de Nkoabang est la preuve la plus tangible, à ce jour, que quelque chose s'est joué dans ces propriétés qui dépasse le cadre d'une simple dérive sectaire.


Qu'a-t-on découvert exactement à Nkoabang ?
Un corps en état de momification avancée, dans un cercueil enfoui à environ 1,50 mètre sous une dalle de béton, dans un domaine attribué à Kedi Samuel Kenechukwu. Le corps, vêtu d'un habit traditionnel bleu à broderies dorées, reposerait sur un capiton. L'identité de la défunte n'a pas été communiquée.

Qui est Kedi Samuel Kenechukwu ?
Un prophète nigérian, fondateur de l'église Mercy of God Ministry, opérant au Cameroun depuis 2018. Il est recherché par les autorités camerounaises pour trafic d'êtres humains, arrestation et séquestration. Interpol a été saisi.

L'église Mercy of God Ministry a-t-elle déjà été fermée ?
Oui. Une première fois en 2018 à Emombo, une seconde fois en avril 2020 à Nkoabang. À chaque fois, l'organisation a rouvert ailleurs à Ngousso, puis à Essos.

Que va-t-il se passer maintenant ?
L'enquête se poursuit. L'identification du corps et la détermination des causes de sa mort sont les prochaines étapes. Kedi Samuel Kenechukwu reste introuvable.

Onana Nestor

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