Lunettegate : Alamine Ousmane Mey sur le bûcher !

Une paire de lunettes aurait disparu. Quatre journalistes ont été interpellés. Ils ont passé plusieurs jours en garde à vue avant d’être libérés, le 21 septembre, sans qu’aucune charge ne soit finalement retenue contre eux. Les lunettes, selon l’une des versions disponibles,…

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Lunettegate : Alamine Ousmane Mey sur le bûcher !

Une paire de lunettes aurait disparu. Quatre journalistes ont été interpellés. Ils ont passé plusieurs jours en garde à vue avant d’être libérés, le 21 septembre, sans qu’aucune charge ne soit finalement retenue contre eux. Les lunettes, selon l’une des versions disponibles, auraient été retrouvées dans le véhicule du ministre. Ce qui n’a toujours pas été retrouvé, en revanche, c’est la chaîne exacte des responsabilités.

L’affaire ne se résume donc plus à une paire de lunettes. Elle pose une question de pouvoir : que fait un ministre lorsqu’il apprend que des professionnels des médias sont détenus dans une affaire associée à son nom ?

Le Syndicat national des professionnels de l’information et de la communication (SPIC) réclame des excuses et des réparations. Il appelle les médias à boycotter les activités du ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire et se réserve le droit d’engager des actions judiciaires. Le Réseau des patrons de presse du Cameroun (REPAC) demande lui aussi des comptes. Le REDHAC évoque des violences contre les journalistes, accusation qui n’a pas pu être vérifiée indépendamment.

Pendant ce temps, les versions continuent de se contredire. La cellule de communication du Minepat affirme qu’Alamine Ousmane Mey n’a déposé aucune plainte et n’a demandé l’arrestation de personne. Une responsable de cette cellule soutient que les lunettes avaient été confiées à un membre du staff du ministre et retrouvées quelques heures plus tard. Des policiers interrogés anonymement parlent plutôt d’une affaire de téléphone portable. Une autre version fait état d’une plainte verbale ou écrite qui aurait été déposée par le garde du corps du ministre en son nom avec pour objet : « suspicions de vol de lunettes en or ».

La date de découverte des lunettes varie elle aussi selon les récits. La communication du Minepat les situe dans le véhicule du ministre dès le 14 septembre. D’autres sources évoquent le 17 septembre. Solange Djuikam a été interpellée le 14 septembre ; les trois autres journalistes l’ont été le 16. Tous ont été libérés le 21.

Cette confusion n’est pas un détail. Elle est le cœur de l’affaire. Lorsqu’une personne est privée de liberté, l’État ne peut pas fonctionner sur la base de versions flottantes, de soupçons successifs et de responsabilités anonymes. Qui a saisi la police ? Qui a désigné les journalistes comme suspects ? Pourquoi leur détention s’est-elle poursuivie après la découverte des lunettes ? Qui a décidé de les maintenir en cellule ?

Et surtout : qui a mis la machine en marche ?

Des informations recueillies dans l’entourage du dossier évoquent l’intervention de collaborateurs du ministre, notamment un responsable de la Direction des affaires générales et des personnels chargés de son accompagnement. Leur rôle n’est pas établi. La plainte verbale attribuée au garde du corps n’est pas confirmée. Mais si des membres de l’entourage du ministre ont effectivement agi en son nom, la question de l’autorité ne peut pas être éludée.

Si le ministre n’a rien demandé, il doit pouvoir faire établir qui a agi sans instruction. Si ses collaborateurs ont outrepassé leurs fonctions, il lui appartient de le savoir. Et si la police a pris seule la décision d’interpeller puis de maintenir quatre journalistes en détention, il doit demander pourquoi. Dans tous les cas, le silence ne suffit pas.

Alamine Ousmane Mey a déclaré, le 22 septembre, avoir « une très grande estime pour la profession » journalistique. La phrase est arrivée après la libération des quatre professionnels. Elle ne dit pas ce que le ministre a fait lorsqu’il a appris leur détention. A-t-il demandé les motifs précis de la procédure ? A-t-il sollicité leur libération ? A-t-il demandé des explications à la police ou à ses collaborateurs ? A-t-il ouvert une enquête interne ?

Nous ne savons pas.

Cette ignorance n’est pas une preuve d’inaction. Mais elle révèle un problème de communication et de responsabilité. Lorsqu’un ministre affirme n’avoir déposé aucune plainte, il ne peut pas se contenter de se désolidariser de l’affaire. Il doit aussi expliquer comment son nom, son entourage et son administration ont pu être associés à la détention de quatre journalistes.

Alamine Ousmane Mey est au gouvernement depuis décembre 2011. Il a été ministre des Finances pendant sept ans avant de prendre la tête du Minepat, le 2 mars 2018. Cette longévité ne permet pas de conclure à une responsabilité personnelle dans l’interpellation des journalistes. Elle donne cependant un poids particulier à la question de son autorité et de sa capacité à répondre des actes accomplis autour de lui.

L’humanisme d’un responsable public ne se mesure pas seulement à la manière dont il parle des journalistes après leur libération. Il se mesure à sa réaction lorsqu’il apprend que des hommes et une femme sont privés de liberté dans une affaire qui le concerne. Il se mesure à sa volonté de comprendre, de protéger et, lorsque cela est nécessaire, de sanctionner.

Les journalistes affirment avoir été détenus dans des conditions difficiles. Pierre Mouchili dit être sorti du commissariat avec 2 000 FCFA alors qu’il disposait de davantage d’argent à son arrivée. Solange Djuikam affirme qu’un de ses téléphones a disparu. La police n’a pas répondu publiquement à ces accusations.

Dans son classement 2026, Reporters sans frontières place le Cameroun au 133e rang mondial sur 180 pays pour la liberté de la presse. Cette seule affaire ne suffit pas à établir que le Cameroun serait devenu un pays dangereux pour les journalistes. Elle s’ajoute toutefois à un environnement déjà marqué par les arrestations, les intimidations et la précarité du métier.

Le SPIC et le REPAC ne réclament pas seulement des excuses pour quatre journalistes. Ils demandent que soit reconnue une responsabilité. Celle de la police, si la procédure a été menée sans base claire. Celle des collaborateurs, s’ils ont agi sans mandat. Celle du ministre, enfin, s’il a été informé et n’a rien fait pour comprendre ou corriger la situation.

Alamine Ousmane Mey peut continuer d’affirmer son estime pour les journalistes. Mais cette parole ne répond pas aux questions essentielles. Entre le moment où son entourage dit avoir découvert l’affaire et la libération des quatre professionnels, qu’a-t-il concrètement fait pour eux ? Et maintenant qu’ils sont libres, a-t-il cherché à savoir qui les a envoyés en cellule ?

C’est à ces actes, plus qu’à la valeur des lunettes, que se mesure désormais la portée humaine et institutionnelle du Lunettegate.

Baudouin Enama

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