Élections 2027 : le RDPC peut-il encore compter sur l'Extrême-Nord ?

RDPC : 400 militants démissionnent à Tokombéré, dans l'Extrême-Nord. Listes vérifiées, cartes rendues. Avant 2026, le parti-État perd son ancrage historique. T...

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by Onana Nestor5 min read
Élections 2027 : le RDPC peut-il encore compter sur l'Extrême-Nord ?

RDPC : 400 militants démissionnent à Tokombéré, dans l'Extrême-Nord. Listes vérifiées, cartes rendues. Avant 2026, le parti-État perd son ancrage historique.

Tokombéré, Extrême-Nord. Le secrétaire général adjoint de la section RDPC du Mayo-Sava Sud a démissionné. Près de 400 militants ont suivi. Les listes, consultées et vérifiées, portent des noms, des numéros de carte nationale d'identité, des contacts téléphoniques.

Ce ne sont pas des rumeurs de permanence. Ce sont des documents.

Quatre cents cartes du parti au pouvoir, rendues dans une seule section. À quelques mois des législatives et municipales, reportées à 2026. Dans une région que le RDPC considérait comme acquise. La question n'est pas de savoir si le parti va réagir. C'est de savoir s'il en est encore capable.

Contexte

Tokombéré se trouve dans le département du Mayo-Sava, à l'extrême nord du Cameroun. La section RDPC du Mayo-Sava Sud y tenait son fief depuis des décennies. L'ancien président de section, Naba Hans, y a organisé des mobilisations record. En novembre 2025, des milliers de personnes ont célébré la prestation de serment de Paul Biya sur l'esplanade du parti. La liesse était officielle. La ferveur était de façade.

Moins de six mois plus tard, le secrétaire général adjoint de cette même section a remis sa démission. Et avec lui, près de 400 militants. Les listes de démission circulent. Elles détaillent les identités complètes. Le signal est brutal.

Les faits

La démission a été annoncée par le cadre lui-même, à travers des documents transmis à plusieurs rédactions. Les listes de démission comprennent les noms, les numéros de carte nationale d'identité et les contacts téléphoniques de centaines de militants. Molko, une localité voisine, figure parmi les secteurs concernés.

Le quotidien en ligne Camerounweb a rapporté des démissions similaires à Kaï-Kaï, dans la même région, début janvier 2026. StopBlaBlaCam a documenté, en août 2025, le départ collectif de 40 jeunes militants RDPC du Diamaré vers le Front pour le salut national du Cameroun (FSNC). À Yagoua, en janvier 2026, le quatrième adjoint au maire a quitté le parti après quinze ans de militantisme.

Tokombéré n'est pas un accident. C'est un symptôme.

Ce que Tokombéré dit du RDPC

Le RDPC traverse une crise de confiance à la base. Les raisons évoquées par les démissionnaires du Diamaré « manque d'opportunités pour les jeunes », « absence de dialogue », « marginalisation des organes de base » résonnent à Tokombéré. Dans sa lettre de démission, Mohamed Bachirou, vice-président de la sous-section RDPC Mayel Ibbe, dénonçait « un groupuscule de personnes » ayant « pris le parti en otage », prenant « toutes les décisions sans consulter la base ».

Ce n'est pas une querelle de personnes. C'est un problème de méthode. Le RDPC fonctionne, dans ces localités, comme une machine électorale descendante : la consigne vient d'en haut, la base exécute. Quand cette base ne reçoit rien en retour ni considération, ni opportunité, ni écoute elle finit par partir.

Le timing aggrave la fracture. Les élections législatives et municipales, initialement prévues pour 2025, ont été reportées à plusieurs reprises. Paul Biya a annoncé un nouveau report en février 2026, sans fixer de date. Les mandats des députés et conseillers municipaux, prorogés, expirent respectivement les 30 mars et 31 mai 2026. Chaque mois de report supplémentaire est un mois de désaffection supplémentaire.

Le contraste : MRC vs. RDPC

Pendant que le RDPC tente de colmater ses fuites, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) poursuit son déploiement. Le 6 janvier 2026, Maurice Kamto a présidé la réunion du nouveau directoire national à Yaoundé. Le parti a remis en place « une chaîne de commandement politique lisible, assumée et pleinement opérationnelle ». Une académie de formation des militants a été créée en avril 2026.

Le contraste est d'autant plus frappant que les cadres du RDPC semblent davantage occupés à commenter les faits et gestes du MRC qu'à traiter leurs propres fractures. Un observateur local cité par Jeune Afrique résume : « Avec Issa Tchiroma Bakary et Maurice Kamto comme adversaires, Yaoundé ne peut pas simplement compter sur ses alliés actuels, qui n'ont pas d'envergure nationale, pour tenir le Nord ».

Le RDPC a perdu son ancrage dans le Septentrion. Les élections régionales de décembre 2025 l'ont montré : dans l'Adamaoua, fief traditionnel de l'UNDP, le RDPC n'a obtenu que 36 sièges de conseillers régionaux contre 34 pour l'opposition. Un score serré. Et pourtant, le RDPC a refusé de laisser l'UNDP accéder à la présidence du conseil régional.

Ce refus est un aveu. Le parti au pouvoir sait qu'il est en position de faiblesse. Il conserve le contrôle par la force institutionnelle, pas par la légitimité électorale.

Les conséquences

À Tokombéré, la section Mayo-Sava Sud était un pilier. Sa vacance militante crée un vide que d'autres formations pourraient combler. Le MRC, le FSNC, et d'autres mouvements locaux sont en embuscade. Les 400 démissions ne sont pas que des départs. Ce sont des électeurs qui se déplacent.

Pour le RDPC, l'enjeu dépasse Tokombéré. La région de l'Extrême-Nord compte plusieurs départements stratégiques : Mayo-Sava, Mayo-Tsanaga, Mayo-Danay, Diamaré. Les défections documentées touchent au moins trois d'entre eux. Si la tendance se confirme, le parti-État pourrait perdre des municipalités entières lors des prochains scrutins.

Ce que nous n'avons pas pu vérifier

Nous avons tenté de joindre la permanence de la section RDPC Mayo-Sava Sud à Tokombéré. Sans succès à l'heure où nous publions. Le nom du secrétaire général adjoint démissionnaire n'a pas été confirmé par une source officielle du parti. Le chiffre de 400 militants provient des listes consultées et vérifiées par nos soins, mais n'a pas fait l'objet d'un recoupement indépendant. Aucun communiqué de la direction nationale du RDPC n'a été publié à ce stade.

Ces réserves ne diminuent pas la portée du signal. Elles rappellent simplement que le RDPC, pour l'instant, ne dit rien.

Perspective

Les élections législatives et municipales n'ont pas de date. Les mandats expirent dans quelques mois. Le RDPC a un problème : sa base s'en va, et il ne semble pas savoir comment la retenir. À Tokombéré, la question n'est plus de savoir si le parti peut reconquérir ses militants. C'est de savoir combien d'autres sections suivront.

La réponse viendra des urnes. Ou de ce qu'il en reste.

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