Convention MRC du 17 octobre : autorisée ou piégée ?
Le sous-préfet de Yaoundé IV a signé le récépissé du MRC pour la convention du 17 octobre. Deux candidats en lice. Analyse d'un tournant. Après trois interdict...

Le sous-préfet de Yaoundé IV a signé le récépissé du MRC pour la convention du 17 octobre. Deux candidats en lice. Analyse d'un tournant.
Après trois interdictions en dix mois, le MRC obtient enfin le récépissé qui autorise sa convention extraordinaire du 17 octobre à Odza. Mais l'administration camerounaise a déjà montré qu'un récépissé ne vaut pas toujours reconnaissance.
Le sous-préfet de Yaoundé IV a signé, lundi 28 septembre 2026, le récépissé de déclaration de réunion publique du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC). Le document, portant le numéro 000332/RDMP/J06.04/SP, autorise la convention extraordinaire du parti, prévue le samedi 17 octobre 2026, de 8 heures à 20 heures, au siège national à Odza.
Le récépissé a été délivré à la suite d'une déclaration déposée le 23 septembre par Roger Justin Noah, secrétaire général adjoint n°1 du MRC. Deux candidats sont en lice pour succéder à Maurice Kamto : Tiriane Balbine Nadège Noah, qui assure l'intérim à la présidence, et Pierre Emmanuel Binyam, l'un des secrétaires généraux du parti.
L'autorisation a été publiée sur la page du ministère de l'Administration territoriale (MINAT).
Mais dans ce dossier, un récépissé n'a jamais suffi.
Trois conventions, trois interdictions
Novembre 2025. Le MRC annonce une convention extraordinaire pour le 29 novembre, à Odza. La veille, les forces de l'ordre investissent les lieux. Le sous-préfet de Yaoundé III justifie l'interdiction par un « risque de trouble à l'ordre public » lié à une contestation interne menée par un militant exclu, Okala Ebodé.
Le parti ne renonce pas. Le 21 décembre 2025, il tient sa convention en visioconférence. 2 320 délégués votent en ligne. Maurice Kamto est reconduit avec 95,44 % des suffrages. Une première dans l'histoire politique camerounaise.
Puis, le 19 août 2026, le ministre Paul Atanga Nji adresse une correspondance à Joseph Thierry Okala Ebode. Le MINAT annonce qu'il refuse de prendre acte des travaux de cette convention. Motif : la réunion avait été interdite au préalable. Seules restent valables, selon le ministère, les instances issues de la troisième convention ordinaire de décembre 2023.
Le 8 septembre 2026, Maurice Kamto annonce sa démission de la présidence du MRC. « Dans l'intérêt supérieur du parti », écrit-il dans une lettre adressée au directoire national. Le même jour, son premier vice-président, Mamadou Mota, quitte ses fonctions.
Tiriane Balbine Nadège Noah prend la direction du parti par intérim.
Le récépissé du 28 septembre : autorisation ou piège juridique ?
Nous avons pu consulter le document signé par le sous-préfet de Yaoundé IV. Il rappelle que le requérant et les organisateurs désignés Roger Justin Noah, Siaka Nestor et Clémence Sindze Deffo s'engagent à « agir dans le strict respect de l'ordre public » et à « répondre de tout incident » qui surviendrait lors de la réunion.
Le récépissé précise aussi une règle : « tout changement de l'objet, du lieu ou de la date de la présente déclaration sans l'autorisation préalable de l'Autorité Administrative, est à proscrire. »
Une clause standard. Mais dans le contexte du MRC, elle pourrait devenir une arme. Si le parti modifie un seul paramètre la date, le lieu, l'ordre du jour sans validation préalable, l'administration pourrait considérer la convention comme non déclarée.
Interrogé sur l'interprétation de cette clause, le cabinet du sous-préfet de Yaoundé IV n'a pas répondu à nos sollicitations avant publication.
Le MINAT n'a pas non plus précisé si le récépissé valait reconnaissance des instances qui sortiront de la convention du 17 octobre. Nous avons tenté de joindre le service de communication du ministère dans l'après-midi du 28 septembre. Sans succès.
Qui sont les deux candidats ?
Tiriane Balbine Nadège Noah conduit la liste de la continuité. Deuxième vice-présidente du MRC, elle a déjà assuré l'intérim de la présidence à plusieurs reprises lors des absences de Maurice Kamto. Elle incarne la ligne historique du parti.
Pierre Emmanuel Binyam conduit la liste de la rupture. Secrétaire général du MRC, il a déposé sa candidature dans les délais. Le camp Binyam conteste l'idée d'une indulgence de la commission électorale, affirmant avoir rempli les conditions.
Un troisième candidat, Brice Ronnic Djolako, avait déposé un dossier. Il s'est retiré de la course avant la validation des listes.
La commission électorale du MRC, réunie sous la présidence de Roger Justin Noah, a validé les deux listes le 27 septembre. La liste de Tiriane Noah a été jugée conforme. Celle de Binyam a été admise après discussion sur les cotisations de certains membres et des pièces produites après le délai initial.
Le camp Binyam conteste cette lecture. Une querelle procédurale qui préfigure une compétition où la légitimité du futur président dépendra autant du vote que de la confiance dans l'arbitrage.
Ce que le récépissé ne règle pas
Le document du 28 septembre autorise la tenue de la réunion. Il ne dit rien de la reconnaissance future des instances élues.
En août 2026, le MINAT a refusé de reconnaître les instances issues de la convention du 21 décembre 2025, pourtant tenue après une interdiction. Le précédent est lourd.
Si le ministère applique la même logique, le nouveau président du MRC quel qu'il soit pourrait se retrouver à la tête d'instances non reconnues par l'administration. Une situation qui compliquerait la préparation des élections législatives et municipales de 2027.
Le MRC le sait. Le parti a saisi le sous-préfet de Yaoundé IV dès le 23 septembre. La démarche est administrative. Elle est, en apparence, banale. Sauf que depuis deux ans, chaque fois que le MRC a voulu se réunir, l'administration a dit non.
Cette fois, elle a dit oui.
La question est de savoir pourquoi.
La convention du MRC du 17 octobre est-elle autorisée ?
Oui. Le sous-préfet de Yaoundé IV a signé le récépissé n° 000332/RDMP/J06.04/SP le 28 septembre 2026. La convention peut se tenir le 17 octobre de 8 heures à 20 heures au siège du parti à Odza.
Qui sont les candidats à la succession de Maurice Kamto ?
Deux listes sont en lice : celle de Tiriane Balbine Nadège Noah et celle de Pierre Emmanuel Binyam. Un troisième candidat, Brice Ronnic Djolako, s'est retiré.
Pourquoi Maurice Kamto a-t-il démissionné ?
Il a invoqué « l'intérêt supérieur » du parti dans une lettre datée du 8 septembre 2026. Sa démission est intervenue après le refus du MINAT de reconnaître la convention de décembre 2025 qui l'avait reconduit à la présidence.
Le MRC pourra-t-il participer aux élections de 2027 ?
Cela dépendra de la reconnaissance par le MINAT des instances issues de la convention du 17 octobre. Le ministère n'a pas encore précisé sa position.
Le récépissé suffit-il à garantir la tenue de la convention ?
Non. Le récépissé autorise la réunion. Il ne protège pas contre une éventuelle contestation ultérieure de la part de l'administration, comme cela s'est produit après la convention du 21 décembre 2025.
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