Cinéma : « La Maison du vent » en compétition Orizzonti à Venise, 51 ans après « Muna Moto »
Cinquante et un ans après la présentation de Muna Moto de Dikongué-Pipa à la Mostra de Venise, un film ancré au Cameroun figure à nouveau dans la sélection officielle du festival italien. La Maison du vent, premier long métrage d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu, concourt dans la…
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Cinquante et un ans après la présentation de Muna Moto de Dikongué-Pipa à la Mostra de Venise, un film ancré au Cameroun figure à nouveau dans la sélection officielle du festival italien. La Maison du vent, premier long métrage d’Auguste Bernard Kouemo Yanghu, concourt dans la section Orizzonti de la 83e Mostra internationale d’art cinématographique, organisée du 2 au 12 septembre 2026 sur le Lido.
Le film, d’une durée de 102 minutes, a connu sa première projection publique officielle le 4 septembre à la Sala Darsena. Orizzonti constitue l’une des compétitions officielles de la Mostra, distincte de Venezia 83, la sélection qui concourt notamment pour le Lion d’or.
Tourné à Yaoundé et dans ses environs, La Maison du vent raconte l’histoire de Josette, une mère dont les enfants sont partis vivre à l’étranger. Restée seule dans la capitale camerounaise, elle les encourage à construire des maisons au pays, dans l’espoir que ces investissements immobiliers maintiendront un lien avec le Cameroun et finiront par les ramener.
Son quotidien change avec l’arrivée de Sarah, une jeune femme de son quartier avec laquelle elle noue progressivement une relation proche. Cette nouvelle présence vient combler une partie du vide laissé par ses enfants. L’arrivée d’Adrien, le compagnon français de Sarah, venu à Yaoundé avec l’intention de l’épouser, fait cependant resurgir chez Josette la crainte d’un nouveau départ.
Le film déplace ainsi le regard habituellement porté sur la migration. Il ne suit pas ceux qui quittent le Cameroun pour l’Europe, mais ceux qui restent derrière eux et doivent composer avec l’éloignement. Solitude des parents, maisons construites dans l’attente d’un retour, liens familiaux entretenus à distance : le scénario puise directement dans l’histoire du réalisateur.
Auguste Bernard Kouemo Yanghu l’assume lui-même dans la présentation officielle publiée par la Biennale. Le personnage de Josette est inspiré de sa mère. Comme son personnage, celle-ci a six enfants partis vivre hors du Cameroun, principalement en Europe. Après leur départ, elle est restée seule dans la grande maison familiale de Yaoundé, avec l’espoir de les voir un jour revenir.
Cette origine autobiographique donne au film un autre intérêt : la maison n’y est pas seulement un décor. Elle matérialise la relation que certaines familles de la diaspora entretiennent avec leur pays d’origine. Construire devient pour Josette une manière de maintenir la possibilité du retour alors même que la vie de ses enfants s’organise durablement ailleurs.
Un parcours passé par le Fespaco
Né à Yaoundé en 1976, Auguste Bernard Kouemo Yanghu a commencé sa formation au cinéma dans le cadre des cours organisés par l’association Écrans Noirs, avant de poursuivre son cursus à l’École supérieure d’audiovisuel de Toulouse. Il a ensuite réalisé plusieurs courts métrages.
Parmi eux, Waramutsého!, consacré aux répercussions du génocide rwandais sur deux étudiants vivant ensemble en France, lui a notamment valu le Poulain de bronze du court métrage au Fespaco 2009 ainsi que plusieurs distinctions dans des festivals internationaux. La Maison du vent constitue son premier passage au long métrage.
Le projet était déjà passé par Venise avant sa sélection de 2026. En 2025, alors qu’il était encore en postproduction, il avait été retenu parmi les huit films du programme Final Cut in Venice, dispositif du Venice Production Bridge destiné à accompagner l’achèvement de films venant notamment d’Afrique. Il y avait obtenu plusieurs soutiens techniques pour sa postproduction.
Le financement et la production traduisent également le parcours international du projet. La Biennale répertorie le film sous six pays : Cameroun, France, Belgique, Bénin, Arabie saoudite et Qatar. La production réunit Horizons d’Afrique au Cameroun, La Mansarde Cinéma en France, Steel Fish Pictures en Belgique et Merveilles Production au Bénin, avec le Red Sea Fund et le Doha Film Institute. Les ventes internationales sont assurées par Celluloid Dreams. La musique associe Michel Duprez au musicien camerounais Blick Bassy.
Le précédent de « Muna Moto »
La présence de La Maison du vent à Venise renvoie inévitablement à Muna Moto. Le premier long métrage de Dikongué-Pipa avait été présenté à la Mostra en 1975. Le film raconte l’histoire de Ngando et Ndomé, un couple dont le projet de mariage se heurte à l’incapacité du jeune homme à réunir la dot exigée et aux règles qui structurent la communauté.
L’œuvre poursuivra ensuite son parcours dans les grands festivals africains. En 1976, Muna Moto remporte l’Étalon de Yennenga, principale récompense du Fespaco, ainsi que le Tanit d’argent aux Journées cinématographiques de Carthage. Restauré dans le cadre du World Cinema Project de Martin Scorsese, le film fait aujourd’hui partie des œuvres camerounaises les mieux documentées du patrimoine cinématographique africain.
Les sujets diffèrent entre les deux films. Muna Moto travaillait notamment les rapports entre amour, dot, organisation familiale et normes sociales. La Maison du vent observe une autre transformation de la famille camerounaise : celle provoquée par l’installation durable d’une partie de ses membres hors du pays.
Dans les deux cas, la cellule familiale sert de point d’entrée pour raconter des transformations sociales plus larges. En 2026, c’est cette histoire située à Yaoundé, interprétée notamment par Josette Kwanya et Moudjeu Pouadeu, qui porte le Cameroun dans la compétition Orizzonti de Venise.
P.N.N
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