Cameroun-Suisse : après Page à Yaoundé, Datouo à Berne
Le président de l'Assemblée Nationale du Cameroun a bouclé à Berne un cycle diplomatique entamé six mois plus tôt, avec un objectif concret : former les jeunes...

Le président de l'Assemblée Nationale du Cameroun a bouclé à Berne un cycle diplomatique entamé six mois plus tôt, avec un objectif concret : former les jeunes autrement.
Berne, 16 septembre 2026. Le président de l'Assemblée Nationale du Cameroun, Théodore Datouo, est reçu au Palais Fédéral par son homologue suisse, Pierre-André Page. Deux pays, deux parlements, et un dossier qui revient comme une obsession : l'emploi des jeunes.
Datouo est venu chercher un modèle. Pas un discours. Un système.
Ce qui s'est passé à Berne
Le Palais Fédéral, à Berne. Pierre-André Page, président du Conseil National Suisse, reçoit Théodore Datouo avec les honneurs. La délégation camerounaise comprend trois députés dont Joshua Osih, président du Groupe d'amitié parlementaire Cameroun-Suisse, figure de l'opposition.
L'entretien dure une demi-heure. Les deux hommes passent en revue la coopération parlementaire, la participation suisse à la 51e session de l'Assemblée Parlementaire de la Francophonie prévue à Yaoundé, et la construction de la nouvelle ambassade de Suisse dans la capitale camerounaise.
Datouo félicite la Suisse pour avoir honoré Tilo Frey, Née à Maroua en 1923, d'une mère peule et d'un père suisse, élue au Conseil National en 1971 parmi les onze premières femmes à siéger au Parlement fédéral. Une mosaïque à sa mémoire orne désormais le Palais Fédéral. « La Suisse a honoré une fille du Cameroun », a salué Datouo. Puis il formule une demande : l'expertise suisse pour le futur Musée de l'Assemblée Nationale.
La formation duale : le vrai enjeu
Le dossier le plus lourd n'est pas protocolaire.
Le système suisse de formation duale alternance entre école professionnelle et entreprise revient dans chaque échange. Datouo le présente comme « solution durable au chômage des jeunes au Cameroun ». Guy Parmelin, président de la Confédération, écoute. Il a connu le Cameroun de loin, ayant renoncé à s'y rendre en mars 2026 pour la ministérielle de l'OMC en raison du conflit au Moyen-Orient.
Cette fois, il reçoit Datouo dans son bureau. Le président suisse loue « l'excellence des relations » et cite un exemple concret : l'Institut Agricole d'Obala, à une trentaine de kilomètres de Yaoundé, où la coopération suisse forme des jeunes Camerounais depuis plus de vingt ans.
Le modèle existe. Il fonctionne. Datouo veut l'étendre.
Obala, le laboratoire oublié
L'Institut Agricole d'Obala (IAO) n'a pas attendu cette visite pour exister. Soutenu depuis vingt ans par le canton du Jura, l'IAO forme plus de 850 étudiants par an selon les données de l'établissement. Son directeur, Louis Ndjié, a travaillé avec Agroscope, le FiBL et la Fondation Rurale Interjurassienne pour transposer le modèle dual suisse dans le contexte camerounais.
Des formateurs camerounais et ivoiriens ont déjà passé dix jours en Suisse romande pour élaborer un module commun d'entrepreneuriat agricole. Le canton du Jura a financé. La FICD a soutenu. Mais le système reste confiné au secteur agricole.
Datouo veut le dupliquer. L'agriculture, l'économie, les investissements les deux parties ont convenu de renforcer la coopération dans ces domaines.
La question qui n'a pas été posée publiquement : combien de temps faudra-t-il pour que le modèle quitte Obala et atteigne Douala, Garoua, Bafoussam ?
Le musée, l'autre dossier
L'ancien hémicycle de l'Assemblée Nationale, à Ngoa-Ekellé, doit devenir un musée parlementaire. Le projet a été validé en novembre 2022 par Cavaye Yeguie Djibril. Les travaux de « transmutation » ont démarré. Mais la mise en place d'un musée ne se résume pas à rénover des murs.
Datouo le sait. Il demande à la Suisse son expertise en matière de conservation, de scénographie, de valorisation patrimoniale. Le Palais Fédéral lui-même est un musée vivant les mosaïques, les archives, les salles historiques. La demande est cohérente avec l'histoire de Tilo Frey, dont la mémoire y est désormais inscrite.
Ce que la visite dit de la diplomatie parlementaire camerounaise
Datouo n'est pas venu les mains vides. Il est venu après.
La visite de Pierre-André Page au Cameroun, les 7 et 8 juillet 2026, en marge de la 51e session de l'APF à Yaoundé, avait posé les bases. Page avait rencontré Datouo, visité Obala, discuté décentralisation et formation professionnelle. Datouo rend la visite. C'est un cycle.
Mais derrière le protocole, une réalité : le Cameroun a besoin de la Suisse plus que l'inverse. La Suisse investit, forme, construit une ambassade écoresponsable en briques d'argile locale à Yaoundé. Le Cameroun, lui, cherche des solutions à un chômage des jeunes que les chiffres officiels peinent à masquer.
Datouo a plaidé. La Suisse a écouté. La suite dépendra des actes.
Pourquoi Théodore Datouo est-il allé en Suisse ?
Il a effectué une visite officielle à Berne du 15 au 16 septembre 2026, à l'invitation de Pierre-André Page, pour renforcer la coopération parlementaire et explorer des partenariats en formation professionnelle et investissements.
Qu'est-ce que la formation duale que le Cameroun veut importer ?
C'est un système suisse qui alterne école professionnelle et formation pratique en entreprise. Datouo le présente comme un levier pour l'emploi des jeunes Camerounais.
Qui était Tilo Frey ?
Née à Maroua en 1923 d'un père suisse et d'une mère peule, elle a été l'une des onze premières femmes élues au Parlement fédéral suisse en 1971. Une mosaïque à sa mémoire a été érigée au Palais Fédéral.
Le Cameroun a-t-il obtenu un accord concret ?
Aucun accord formel n'a été signé lors de cette visite. Les discussions ont porté sur un renforcement de la coopération existante, notamment autour de l'Institut Agricole d'Obala.
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