Affaire Martinez Zogo : Justin Danwe assume l’opération et les ordres donnés à ses hommes, mais nie avoir ordonné sa mort

Le lieutenant-colonel Justin Danwe maintient sa ligne de défense dans l’affaire Martinez Zogo : il reconnaît avoir dirigé l’opération menée contre le journaliste et assume les ordres donnés à ses hommes, mais conteste avoir ordonné sa mort. Cette position a de nouveau été…

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Affaire Martinez Zogo : Justin Danwe assume l’opération et les ordres donnés à ses hommes, mais nie avoir ordonné sa mort

Le lieutenant-colonel Justin Danwe maintient sa ligne de défense dans l’affaire Martinez Zogo : il reconnaît avoir dirigé l’opération menée contre le journaliste et assume les ordres donnés à ses hommes, mais conteste avoir ordonné sa mort. Cette position a de nouveau été exposée à l’audience du 14 septembre 2026 devant le Tribunal militaire de Yaoundé, au cours de la poursuite de l’audition du colonel Jean-Pierre Otoulou.

Selon Me Jacques Mbuny, avocat de Justin Danwe, l’ancien directeur des opérations de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE) « a carrément assumé, au regard de la mission qui avait été celle de ses éléments ».

La défense ne conteste donc plus que les hommes impliqués dans l’opération aient agi sous les ordres de Justin Danwe. Elle cherche en revanche à distinguer les violences qui auraient été ordonnées de la mort du journaliste et, parallèlement, à faire remonter la responsabilité de l’opération dans la chaîne de commandement de la DGRE.

« Comme chef hiérarchique, il a déclaré que ses enfants ont agi sous ses ordres. Comme il donne des ordres, comme un supérieur, directeur des opérations, il reçoit également des ordres », explique Me Mbuny.

Cette ligne place désormais deux questions distinctes au centre du procès : jusqu’où allaient les instructions données aux membres du commando et de qui Justin Danwe affirme-t-il avoir lui-même reçu ses ordres ?

Danwe nie avoir ordonné la mort de Martinez Zogo

Sur le premier point, la position de la défense reste inchangée. Justin Danwe conteste que l’opération ait eu pour objectif de tuer le journaliste.

« Il y avait une part quand même qu’il n’a jamais assumée. Et même ses éléments ont toujours déclaré avec constance qu’il n’a jamais été question [...] d’ôter la vie à feu Martinez Zogo », affirme Me Jacques Mbuny.

Selon cette version, la mission visait à exercer des violences sur Martinez Zogo, mais certains exécutants seraient allés au-delà des instructions reçues. Cette thèse est désormais confrontée devant le tribunal aux circonstances de la mort du journaliste et aux responsabilités individuelles des différents membres du commando.

La défense invoque notamment les déclarations faites au cours de l’enquête par certains des participants à l’opération. Ebo’o Clément, présenté dans le dossier comme l’un des membres du groupe chargé du « traitement » de Martinez Zogo, avait notamment décrit une mission consistant à le « molester » et à lui causer des traumatismes.

Ces déclarations ne règlent toutefois pas la question judiciaire centrale : déterminer qui a ordonné les violences, si les actes ayant entraîné la mort relevaient des instructions initiales et quelle responsabilité pénale revient à chacun des accusés. Aucun verdict n’a encore été rendu.

Danwe cherche aussi à faire remonter la responsabilité dans la DGRE

Justin Danwe ne limite pas sa défense aux actes de ses subordonnés. Il soutient également que l’opération ne relevait pas de sa seule initiative et cherche à replacer les faits dans la chaîne de commandement de la DGRE.

Selon Me Mbuny, son client considère que l’opération avait été préparée au sein du service de renseignement et que sa hiérarchie ne pouvait en ignorer l’existence.

« Il réclame également [...] que ceux qui sont au-dessus de lui puissent également assumer leurs responsabilités », indique son avocat.

Lors de son échange avec le colonel Jean-Pierre Otoulou, Justin Danwe a notamment soutenu avoir reçu l’ordre d’une opération visant Martinez Zogo avant sa rencontre du 29 décembre 2022 avec l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga.

Cette chronologie est importante pour sa défense. Elle vise à soutenir que la décision de mener une opération contre Martinez Zogo aurait précédé cette rencontre et ne serait donc pas née d’une initiative prise à cette occasion.

Danwe affirme également que sa hiérarchie était informée de l’opération. Cette version est contestée par la défense de Léopold Maxime Eko Eko, alors directeur général de la DGRE et lui aussi accusé dans cette affaire.

Me Mbuny s’appuie également sur les échanges relatifs aux conditions dans lesquelles l’opération aurait été préparée. Selon lui, le colonel Otoulou aurait indiqué que sa planification s’était déroulée dans la « salle des situations » de la direction des opérations de la DGRE. La défense de Danwe soutient que cet espace était placé sous vidéosurveillance et que les images étaient accessibles depuis le bureau du directeur général.

L’argument est utilisé par les avocats de Justin Danwe pour contester la thèse d’une opération qui aurait pu être conçue et préparée à l’intérieur de la DGRE à l’insu de ses responsables. Il s’agit toutefois d’une thèse de défense, dont le tribunal doit apprécier la valeur au regard des autres témoignages et éléments matériels du dossier.

Pour Me Calvin Job, avocat de la famille de Martinez Zogo, les déclarations intervenues au cours des audiences confortent au contraire l’idée que l’opération avait été organisée en amont.

Selon lui, les membres du commando apportent des éléments qui, du point de vue de la partie civile, montrent qu’il ne s’agissait pas d’une initiative improvisée ou isolée. Il affirme que les témoignages recueillis permettent de considérer que l’opération avait été « planifiée » et « organisée ».

Les différentes parties divergent toutefois sur ce que ces éléments permettent d’établir concernant Léopold Maxime Eko Eko et les autres responsables mis en cause. La responsabilité pénale de chacun reste à déterminer par le Tribunal militaire.

L’audition du colonel Jean-Pierre Otoulou, qui s’est étalée sur plusieurs audiences, a ainsi déplacé une partie du débat vers la chaîne de commandement : non plus seulement déterminer qui a participé matériellement à l’opération contre Martinez Zogo, mais établir qui l’a décidée, qui en avait connaissance et quelles instructions précises avaient été données aux exécutants.

Ludovic Amara

Lire aussi :

Affaire Martinez Zogo : André Éric Atemengue Omgba, le magistrat discret qui prend la tête de l’accusation

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