À Douala, le sac poubelle, un geste simple… mais pas gratuit
Et si la propreté de Douala commençait par un sac poubelle ? C’est, en substance, le message adressé aux habitants de la métropole économique par la Communauté urbaine de Douala (CUD). « Mettre ses déchets dans un sac poubelle bien fermé avant de les déposer aux endroits prévus…
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Et si la propreté de Douala commençait par un sac poubelle ? C’est, en substance, le message adressé aux habitants de la métropole économique par la Communauté urbaine de Douala (CUD). « Mettre ses déchets dans un sac poubelle bien fermé avant de les déposer aux endroits prévus facilite leur collecte, limite leur dispersion dans les rues et contribue à préserver notre cadre de vie », affirme la mairie de la ville de Douala dans une communication publiée le 2 septembre 2026 sur sa page Facebook. Sur le papier, la recommandation paraît élémentaire. Dans les faits, elle soulève une question très concrète : le sac poubelle s’achète.
Pour les ménages qui produisent des déchets au quotidien, son utilisation représente une dépense régulière qui vient s’ajouter aux charges domestiques. Une réalité à prendre en compte alors que les niveaux de revenus sont très variables et que, dans certains foyers, les déchets sont encore conditionnés dans des emballages récupérés, des seaux ou d’autres contenants avant leur évacuation.
L’enjeu dépasse cependant largement le prix du sac. Douala fait face à une production quotidienne considérable de déchets ménagers. Les données communiquées par la CUD font état de 2 700 tonnes d’ordures produites chaque jour. Hysacam indique, de son côté, en collecter environ 1 800 tonnes quotidiennement, soit près de 70 % du volume estimé. Autrement dit, quelque 900 tonnes ne seraient pas prises en charge chaque jour.
À ces volumes s’ajoutent les difficultés liées à l’accessibilité de certains quartiers, à la pré-collecte et au transport. Dans ce contexte, mieux conditionner les déchets peut effectivement faciliter les opérations. Un sac correctement fermé limite la dispersion des détritus, réduit certaines nuisances et rend leur manipulation plus aisée pour les agents. Il peut aussi empêcher une partie des déchets de finir dans les caniveaux, un enjeu particulièrement sensible dans une ville régulièrement confrontée aux inondations. Mais le conditionnement ne constitue qu'une étape. Encore faut-il qu’un système de collecte puisse prendre le relais.
Réalités du quotidien
C’est ici que la recommandation de la CUD rencontre les réalités du quotidien. Pour un ménage, l’utilisation régulière de sacs dédiés signifie une dépense supplémentaire dont le montant dépend de la taille du foyer, du volume d’ordures produit et du type de sacs acheté. La question n’est donc pas de contester l’utilité du dispositif. Un déchet correctement ensaché est évidemment plus facile à manipuler qu’un amas abandonné à même le sol.
Le véritable enjeu est de faire en sorte que cette pratique puisse être adoptée par le plus grand nombre sans devenir une charge disproportionnée pour les ménages les plus modestes. Surtout, le sac ne doit pas donner l’illusion que le problème est réglé. Un sac déposé sur un trottoir, dans un terrain vague ou près d’un drain demeure un déchet mal géré. Le conditionnement n’a de sens que s’il s’accompagne d’un dépôt dans un espace approprié et d’une collecte effective.
La gestion des déchets à Douala repose sur plusieurs maillons : stockage au domicile, pré-collecte dans les zones qui en ont besoin, collecte, transport, transfert et traitement. La défaillance d’un seul de ces niveaux peut compromettre l’ensemble du dispositif. Dans les quartiers difficiles d’accès, la pré-collecte permet notamment d’acheminer les déchets vers les circuits de collecte principaux. Ailleurs, c’est la régularité du passage des camions et l’existence de points de dépôt adaptés qui conditionnent largement l’efficacité du système.
Cette réalité rappelle que la salubrité urbaine ne peut être réduite au seul comportement des habitants. Ceux-ci ont évidemment un rôle à jouer : éviter les dépôts sauvages, respecter les lieux et horaires prévus, conditionner correctement leurs déchets et ne pas transformer l’espace public en dépotoir. Mais l’effort individuel ne peut produire pleinement ses effets que s’il rencontre un service public suffisamment structuré. Des bacs adaptés, des points de collecte accessibles, une pré-collecte organisée et une évacuation régulière restent indispensables.
7 milliards de FCFA pour les ordures en 2026
Derrière cette chaîne se trouve aussi une réalité financière. La gestion des déchets représente une charge importante pour la collectivité. Pour l’exercice 2026, la CUD prévoit 7 milliards de FCFA pour la gestion des ordures. L’exécutif urbain a par ailleurs annoncé une dotation de 100 millions de FCFA aux communes d’arrondissement. Ces ressources doivent notamment permettre de soutenir des associations ou des PME dans l’acquisition de poubelles et de sacs destinés à la pré-collecte des ordures ménagères jusqu’aux points de collecte.
Ces montants donnent une autre dimension au simple sac poubelle. Celui acheté par un ménage ne représente qu’une infime partie d’une chaîne qui mobilise des ressources considérables : équipements, personnel, carburant, véhicules, entretien, transport et traitement. À cela s’ajoute le coût indirect des déchets mal gérés : caniveaux obstrués, insalubrité des quartiers, nuisances pour les riverains et opérations de nettoyage nécessaires pour rattraper les situations dégradées.
L’appel de la CUD à mieux conditionner les déchets a donc le mérite de rappeler que la propreté commence aussi dans les foyers. Mais il ne saurait être considéré comme une réponse suffisante à l’ampleur du défi auquel Douala est confrontée. Le sac poubelle est un outil, pas une politique de gestion des déchets. Son efficacité dépend de ce qui se passe avant et après son utilisation : les habitudes des ménages, les dispositifs de pré-collecte, la disponibilité des points de dépôt, la régularité des ramassages et les moyens consacrés à l’évacuation. En définitive, la question n’est pas seulement de savoir si les habitants de Douala peuvent mettre leurs ordures dans des sacs. Elle est aussi de savoir si la ville dispose des moyens nécessaires pour que ces sacs arrivent effectivement là où ils doivent aller.
Patricia Ngo Ngouem
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